Énergies renouvelables : Le monde agricole en pointe grâce aux bioénergies
|  | Les bioénergies sont les énergies issues de la biomasse végétale : biocarburants, bois de chauffage… L’agriculture, principale productrice de cette biomasse, est bien placée pour proposer des alternatives au pétrole. L’épuisement des ressources pétrolières et les prix croissants de ces derniers mois renforcent l’intérêt pour ces autres ressources énergétiques.
Les bioénergies présentent deux atouts importants au plan environnemental : elles sont par nature renouvelables ; de plus leur utilisation libère globalement moins de gaz à effet de serre.
|
 |
Trois types de bioénergies sont produits par l’agriculture : - les biocarburants : fabrication de carburant à partir de cultures. Plusieurs filières sont possibles : à partir d’oléagineux (colza, tournesol) qui produisent du Diester ou de l’huile végétale pure ; à partir de betterave ou de blé produisant de l’éthanol et de l’ETBE*,
- le chauffage : alimentation de chaudières avec des produits agricoles : bois déchiqueté en plaquettes, paille, céréales…
- la méthanisation : production de chaleur et d’électricité à partir d’effluents d’élevage. Les biocarburants
L’actualité pétrolière met les biocarburants sur le devant de la scène. Mais aujourd’hui le taux d’incorporation des biocarburants en France est très limité, seulement 1 %. Ce taux est appelé à s’améliorer avec le plan national Biocarburant qui vise 5,75 % d’incorporation d’ici à 2008 et 10 % en 2015. Sur le plan agricole, cela représente pour 2008, 2 millions d’hectares en cultures énergétiques, soit davantage que la surface actuelle en jachère. Ce plan concerne des filières industrielles ; il nécessite le développement d’usines spécialisées pour fabriquer le Diester (moteurs diesel) et l’ETBE* (moteurs essence). Le gouvernement vient de décider de développer également l’incorporation directe de l’éthanol, qui concerne les moteurs à essence, avec un projet sur Rouen. Cette filière, qui nécessite une modification du moteur, représente 25 % des carburants au Brésil. L’éthanol y est fabriqué à partir de canne à sucre. Les filières courtes, avec fabrication du biocarburant à la ferme, concernent surtout l’huile végétale pure. Fabriquée avec une presse à huile, elle peut alimenter après filtration les moteurs diesels. Cependant, son utilisation reste pour l’instant limitée au sein de l’exploitation agricole ayant produit les graines. La commercialisation comme carburant agricole ne sera autorisée qu’à partir de 2007, dans des conditions à définir.
|
 |
La méthanisation, un procédé encore peu utilisé La méthanisation fournit du biogaz par fermentation de déchets, effluents d’élevage par exemple. Ce biogaz, composé essentiellement de méthane, produit chaleur et électricité. On obtient également un digestat sans odeur, épandable sur les terres. La méthanisation est une solution de valorisation de lisiers qui permet en même temps de produire de l’énergie. De plus, ce procédé capte le méthane s’échappant naturellement des effluents d’élevage lors du stockage et de l’épandage, ce qui réduit son impact sur l’effet de serre. Cette forme de production d’énergie butte en France sur une limite de rentabilité. D’autres pays européens sont plus avancés, comme l’Allemagne et le Danemark. En Allemagne, le prix de rachat de l’électricité, plus attractif, a permis un développement beaucoup plus important de la méthanisation en élevage, avec 2000 installations en fonctionnement. Une augmentation prochaine du prix de rachat par EDF est cependant annoncée. |
Le bois plaquette pour le chauffage : un succès croissant Le bois de chauffage est un produit traditionnel de nos haies. Sa transformation en plaquettes apporte un renouveau, comme combustible pour chaudières à alimentation automatique. Ce système moderne allège grandement l’alimentation de la chaudière : le transport des plaquettes par vis sans fin de la trémie à la chaudière permet une autonomie de plusieurs jours sans rechargement. Le matériel utilisé pour la production de bois plaquette est une déchiqueteuse, qui peut être à alimentation manuelle ou à grappin. Sur le département, la CUMA Calvados Innovation propose une déchiqueteuse manuelle pour les agriculteurs. Une déchiqueteuse manuelle peut broyer des branches jusqu’à un diamètre de 25 cm. Elle a un débit de chantier moyen de 5 à 8 m3/heure. Pour repère, le chauffage d’une maison individuelle consomme annuellement environ 40 m3.
|
Avant toute utilisation, le bois plaquette doit être stocké sous abri (couvert et ventilé) pour être séché pendant 4 à 6 mois. La valorisation du bois plaquette en chauffage se fait dans des chaudières à alimentation automatique. Alors qu’une chaudière à bûches demande en moyenne 3 à 4 chargements par jour, la chaudière à bois déchiqueté offre pour les mêmes conditions climatiques une autonomie de 2 à 3 jours pour une trémie de 1 m3. Certaines trémies plus coûteuses offrent une autonomie beaucoup plus importante (plusieurs mois).
Le bois de haies de bocage peut être utilisé dans des chaudières à alimentation automatique de différentes capacités pour des particuliers, des agriculteurs (besoins de l’habitation et de l’exploitation) ou pour des collectivités locales. À ce jour, 14 chaudières de ce type sont en fonctionnement chez des agriculteurs ou des particuliers du Calvados.
|
 |
Sur le plan économique, le bois reste le mode de chauffage le plus économique. Le coût de production du bois plaquette d’origine agricole est de 2,2 centimes d’euro par kilowattheure (kWh). À titre de comparaison, le fioul domestique revient actuellement à 5,5 centimes d’€/kWh et l’électricité à 8 centimes d’€/kWh.
Un bilan "effet de serre" à l’avantage des bioénergies Par nature, la fabrication d’énergie se traduit généralement par un dégagement de gaz à effet de serre, souvent du dioxyde de carbone libéré par combustion. C’est le cas pour le chauffage au fioul, au gaz ou au bois, pour les déplacements routiers, pour la production d’électricité en centrale thermique… Vis-à-vis de l’effet de serre, l’utilisation énergétique de la biomasse est préférable aux énergies fossiles (pétrole, gaz). En effet, la production de biomasse nécessite d’abord la consommation de dioxyde de carbone. Le bilan global pour l’atmosphère est meilleur qu’avec les produits pétroliers qui ne font que libérer du carbone lors de leur combustion. La réduction des gaz à effets de serre est un enjeu majeur pour lutter contre le changement climatique et les dérèglements (inondations, sécheresses, tempêtes…) qui sont liés.
Décembre 2005 Isabelle Diomard - Tél. 02 31 70 25 30 Avec le concours de Dominique Larralde et d'Etienne Fels (FDCUMA)
|
 |
Mettre de l’huile végétale dans son moteur ?
L’idée n’est pas révolutionnaire. Elle date même de la création du moteur à combustion : en 1893, Rudolf Diesel faisait tourner les prototypes de son moteur à l’huile d’arachide. Un vieux rêve qui remonte à la surface avec la flambée du pétrole.
Il existe cependant un certain nombre de freins :
• la législation française interdit d’utiliser de l’huile végétale pure comme carburant. Une dérogation est possible pour les engins de chantiers, tracteurs compris,
• des contradictions réglementaires entre France et Europe : une Directive européenne reconnaît l’huile pure comme étant un biocarburant. Mais elle n’a pas été retranscrite en droit français, ce sont donc les textes nationaux qui s'appliquent,
• des risques avec les fraudes en France : l’huile n’étant pas actuellement autorisée en droit français, pour être utilisée comme carburant, l’utilisateur s’expose à une amende et au paiement d’un arriéré,
• des précautions pour préserver les moteurs : sur les moteurs diesels modernes, des modifications doivent être apportées sur le dispositif d’alimentation, faute de quoi la fiabilité des moteurs n’est plus assurée,
• des risques avec les assureurs ? Que se passerait-il en cas d'accident incluant un véhicule roulant avec de l’huile végétale pure. L’huile brute n’étant encore considérée en France comme carburant, les assureurs pourraient se retourner contre l’utilisateur.
Mais le bilan environnemental est avantageux et peut s’avérer économiquement intéressant. Une étude réalisée en 2002 a montré que la filière huile végétale produit 5 fois moins de gaz à effet de serre que la filière gazole. La production d’huile végétale peut s’avérer rentable pour l’agriculteur, si les coûts de carburant en fioul sont élevés et si les tourteaux issus des pressages trouvent une valorisation en alimentation du bétail. À la vue de ce contexte environnemental et économique favorable et vis-à-vis des états membres de l’Europe, comme l’Allemagne, où l’huile brute est autorisée comme carburant, la réglementation actuelle de la France est susceptible d’évoluer positivement. Un espoir se profile avec les discussions sur la loi d’Orientation Agricole. Le texte d’origine prévoit d’autoriser l’autoconsommation d’huile brute végétale sur l’exploitation agricole, de manière "expérimentale" et ceci jusqu’en 2007. Le parlement français pourrait élargir ce cadre. |
|
|