Engrais phosphatés et potassiques



Économisez là où c'est possible


Des prix qui flambent, des produits peu disponibles : l’heure est à l’économie sur les engrais. En fertilisation phospho-potassique, réduire la dose ou faire l’impasse est souvent possible. Mais attention à pratiquer à bon escient pour éviter les accidents.


Des impasses sans risques
Plusieurs situations permettent sans risque de se passer d’engrais phospho-potassiques :
- les cultures peu exigeantes, comme le blé, qui s’alimentent facilement à partir de la réserve du sol,
- les parcelles recevant du fumier : à 30 tonnes/ha d’un fumier moyen, les besoins en PK du maïs sont couverts,
- les prairies pâturées, où les déjections du bétail enrichissent le sol.


Bâché, ce compost de fumier a atteint la teneur record de 19 unités de potasse à la tonne.

Voici les cultures où l’impasse est sans risque, sauf en sol pauvre : blé assolé, triticale, avoine, orge (pour la potasse seulement), prairies pâturées. Sur les cultures suivantes, l’impasse est possible en sol riche!: maïs ensilage et maïs grain, pois, féverole, lin, orge (en phosphore), colza (en potasse). Enfin, l’apport d’engrais de fond reste impératif sur : betterave, pomme de terre, légumes, colza (en phosphore), prairies fauchées jamais pâturées (en potasse).

Analyser pour ne pas se tromper
Il vaut mieux dépenser 45 euros pour une analyse que payer cher un engrais qui ne va peut-être pas servir. Avant de passer l’épandeur, faites analyser votre terre pour vérifier son niveau de PK. Vous pourrez ainsi vérifier qu’elle n’est pas carencée avant de faire l’impasse.


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En phosphore et en potasse, au moins la moitié des sols de Basse- Normandie est riche ou très riche


Ou, au contraire, constater que la terre a des niveaux élevés, ce qui permet de réduire les doses en comptant sur les réserves du sol pour alimenter les cultures. Pensez aussi à analyser le fumier ou le lisier pour vérifier leurs teneurs.

En fumier de bovin par exemple, le niveau de potasse est couramment de 5 à 8 unités à la tonne soit, pour 30 tonnes, un apport compris entre 150 et 240 unités, près de 100 unités de différence ! C’est à la fois le taux de paillage (plus le fumier est pailleux, plus il est riche en potasse) et l’exposition aux pluies (pertes au cours du stockage au champ) qui jouent.

Des sols riches pour longtemps
Beaucoup de terres de la région ont des réserves élevées en phosphore et potasse. Les résultats du laboratoire d’analyse de terre de Saint- Lô (LANO) indiquent que 50 % des parcelles sont riches ou très riches en phosphore, 60 % pour la potasse.


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Malgré 13 années d’impasse, le sol est encore bien pourvu en phosphore (courbe verte)

Ces chiffres concernent les parcelles de culture et les prairies analysées entre 1999 et 2005 en Basse-Normandie. Ce niveau élevé des réserves du sol est en grande partie lié à l’historique de fertilisation des parcelles, avec des apports importants sous forme d’engrais minéraux ou d’effluents, dont l’effet perdure. Pour une alimentation correcte des cultures, un sol "bien pourvu" est suffisant. Un sol riche peut tenir de nombreuses années d’impasse avant de baisser d’une classe : 13 ans pour le phosphore dans notre essai en limon au nord de Caen (chez Charles Cagniard à Périers sur le Dan). Dans cette parcelle en rotation pois/blé, le sol a perdu en moyenne seulement 0,01 g/kg de P2O5 par an. Pour la potasse et pour d’autres types de sol suivis en France, les résultats sont semblables : la réserve du sol diminue lentement. Il importe juste de la surveiller tous les 4 ou 5 ans par des analyses.


Les boues de station d’épuration apportent surtout du phosphore

Les matières organiques sources de PK
La raréfaction des engrais incite à utiliser d’autres sources de phosphore et de potasse. Les produits organiques contiennent souvent des quantités intéressantes de phosphore et de potasse. Certains produits sont complets, comme les composts, fumiers, engrais organiques… Pour le phosphore, les boues de station d’épuration, de laiterie présentent de l’intérêt ; pour la potasse, les vinasses de betterave, les eaux terreuses de sucrerie, les algues. Et la disponibilité des fertilisants ? Pour la potasse, aucun souci, elle est toujours sous forme soluble, comme dans les engrais minéraux. La réponse est plus nuancée pour le phosphore, par rapport à un engrais minéral super 45, on atteint généralement 70 à 90% d’efficacité. Seuls les effluents avicoles (fientes de volailles par exemple) descendent à 65% d’efficacité, car ils contiennent beaucoup de phytates, forme de phosphore peu disponible.

Pensez aussi aux engrais verts
Les engrais verts méritent bien leur nom. Ces cultures intermédiaires sont enfouies dans le sol et, en se décomposant, libèrent des éléments fertilisants. Elles peuvent, par leurs racines, aller rechercher des fertilisants situés en profondeur du sol. Un engrais vert de type ray-grass avec un développement moyen (2 à 3 tonnes de matière sèche) peut fournir autour de 20 unités de phosphore et surtout 70 unités de potasse à l’hectare. La quantité de phosphore parait peu élevée, mais ce phosphore présente l’intérêt d’être plus disponible que tous les engrais phosphatés existant. En effet, il se présente d'une forme très facilement assimilable par les cultures.




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Juillet-Août 2008 - Service Agronomie
Isabelle Diomard
Tél. 02 31 70 25 30