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Gestion des fourrages

Le pâturage d'été avec stocks sur pied

Pour éviter de récolter mi-juin et distribuer début juillet, la technique que nous vous présentons ici consiste à accumuler de l’herbe sur pied au champ en fin de printemps pour en disposer au début de l’été après un temps de repousse assez long. Ce fourrage pâturé permettra de faire face au creux estival de la pousse de l’herbe et d'éviter les coûts de récolte et de distribution de fourrage. La présence de trèfle blanc dans les associations est un gage de  réussite. Plusieurs éleveurs du Calvados utilisent cette technique depuisquelques années.
 
La pratique
Le premier point est de disposer de surfaces exploitées fin mai et à réintroduire dans le pâturage au début de l’été. En condition séchante, c’est une surface minimum de 30 à 35 ares qui doit ainsi être disponible au printemps. Une partie de cette surface (environ 10 ares par vache) est exploitée dans la deuxième quinzaine de mai en pâturage ou en fauche. La parcelle est ensuite "débrayée" pour constituer un stock sur pied de l’ordre de 30 à 45 jours. L’idée est de pâturer à nouveau cette parcelle vers le 14 juillet.
La base est une bonne présence de trèfle blanc de l’ordre de 30 % au printemps pour compter sur lui à hauteur de la moitié du fourrage en été. Le trèfle blanc a l’avantage de garder de bonnes valeurs alimentaires avec des temps de repousse longs, contrairement aux graminées. Ainsi la valeur plus stable du trèfle blanc compense la perte due au ray grass anglais par exemple. Une dernière exploitation fin mai visera à faire brouter ou à couper les épis pour éviter une trop forte épiaison. Malgré tout, les épis sont difficilement évitables avec cette technique. Les espèces ou variétés trop tardives ne sont pas spécialement adaptées à cette technique. Elle peut s’envisager avec des associations de types ray grass anglais demi tardif, fétuque élevée par exemple. Les autres ray grass (hybride, d’Italie ou anglais tardif) ne sont pas adaptés.
Le temps de retour pour ces parcelles doit être de 30 à 45 jours avant de réintroduire les animaux.
Il suffit ensuite de patienter même si l’état de cette parcelle paraît étonnant avec beaucoup de fourrage qui serait normalement fauché.


Pâturer au fil

Passé ce délai, le volume de fourrage impose de pâturer avec un fil à l’avant. Il est hors de question de lâcher le troupeau dans toute la parcelle avec une telle hauteur d’herbe. Le fil sera déplacé chaque jour. Par contre le fil arrière est à proscrire. Les vaches finissent de "nettoyer" la parcelle en revenant sur la partie précédemment pâturée. Il y a finalement peu de refus. Le fourrage a une apparence desséchée, avec une couleur du trèfle qui vire au jaune. Malgré tout, des observations d’éleveurs montrent une bonne consommation. Les premiers jours, il convient d’offrir une surface par vache conséquente (au moins 50m2 par vache et par jour) pour ne pas limiter la consommation et donc les chutes de production.

Des valeurs alimentaires correctes
Plusieurs tests dans le Calvados ont permis de suivre l’évolution de la valeur alimentaire.

ValeursA 30 jours de repousseA 60 jours de repousse
UFL0,90,8
PDI11085


Avec, rappelons le, un rôle prépondérant du trèfle blanc dans ces valeurs, le stock sur pied permet d’offrir une qualité de fourrage honorable. Malgré un aspect desséché du fourrage et un taux de matière sèche qui atteint ou dépasse les 30 %, les valeurs alimentaires sont maintenues à un niveau correct. Avec ces données, les vaches en fin de lactation (moins de 20 litres par jour) et avec un fourrage offert à volonté ont produit selon la persistance attendue. Les taux n’ont pas été affecté par cette séquence de pâturage sur pied.


Réduire les coûts et le travail.

Dans le Calvados, plusieurs éleveurs ont ainsi réussi à gagner 3 semaines à un mois de pâturage supplémentaire sans avoir à compléter par d’autres stocks (ensilage, enrubannage ou foin). Ces observations ont été faites notamment dans la Vallée de l’Orne en situation particulièrement séchante.
La réduction des coûts et du travail se concrétise surtout par des chantiers de récolte en moins et l’absence de distribution journalière de stocks. Finalement, c’est moins de stocks à réaliser sur une campagne. C’est aussi moins de complémentation, moins de paille utilisée et moins d’effluents à épandre.
Finalement, pour un troupeau de 40 VL l’économie est estimée à 1500 €, sans compter l’achat de fourrages à l’extérieur. Et il reste  également du temps pour soi.

Mai 2003
Olivier Leray - Tél. 02 31 31 87 64
Jean-Jacques Beauchamp - Tél. 02 31 70 25 00