Elevage des veaux : une nurserie innovante


La nurserie, à la fois innovante et simple, de Monique et Philippe Poret dans le Bocage leur permet d’avoir très peu de mortalité chez leurs veaux tout en ayant un confort de travail satisfaisant.

Monique et Philippe Poret sont installés sur la commune du Mesnil Clinchamps depuis 1983. Ils exploitent une ferme de 44 hectares avec un quota de 235 000 litres qu’ils réalisent avec 30 vaches logées en logettes. Un atelier hors-sol de 370 cages mères lapines a été mis en service il y a quelque temps à côté de l’atelier lait.

L’atelier veaux est constitué de 6 cases de démarrage individuelles et de deux igglos attenant à une aire paillée couverte et bardée au nord et à l’ouest. Il a été implanté près de la laiterie au centre des bâtiments. Cet atelier prend peu de place sur le terrain. Les niches individuelles sont posées au dos des igloos face au soleil levant.


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M. Poret, depuis quand utilisez-vous votre nurserie et comment étiez-vous équipé avant ?
J’ai construit moi-même cette nurserie en 2005. Avant cet investissement, j’élevais mes veaux dans une vieille étable et je n’avais pas de problèmes sanitaires particuliers. En revanche, tout le travail se faisait à la brouette, l’alimentation comme le curage. Ce bâtiment était très sombre mais il était équipé d’une cheminée pour l’extraction de l’air. Le travail autour des veaux à cette époque était vraiment pénible.

Pourquoi avez-vous choisi ce type de logement ?
La simplicité du système a été prépondérante dans mon choix. Je n’avais pas forcément envie d’une nurserie classique surtout après en avoir visité plusieurs. Dans de nombreuses nurseries, même récentes, les éleveurs étaient souvent confrontés à des problèmes respiratoires et à des soucis de mortalité plus ou moins importants. Cela représente un investissement lourd au départ avec un résultat qui me semblait aléatoire. Un reportage sur une revue a retenu mon attention. Ensuite, j’ai enchaîné deux visites. À la fin de ces visites et après avoir rencontré les éleveurs, je me suis décidé.

Combien de temps avez-vous passé pour le montage ? Avez-vous eu des problèmes particuliers ?
Non, je n’ai pas eu de problèmes particuliers pour le montage. Le plus difficile pour moi a été la toiture. J’avais déjà construit ma charpente en pensant que j’allais couvrir en tôles bac acier. Cependant, au moment de les acheter tout le monde me l’a fortement déconseillé en raison des problèmes de condensation, ce risque étant toujours présent, même avec des tôles traitées. C’est pour cela qu’aujourd’hui j’ai deux fois plus de pannes car je n’ai pas voulu démonter les premières.



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L'installation de M. et Mme Poret pour l'élevage de veaux

Êtes-vous satisfait aujourd’hui de l’ambiance et qu’en est-il de la répartition des animaux ? 
Dès la construction, nous avons bardé les deux côtés exposés aux intempéries pour laisser l’ouverture du couvert au sud-est afin que les animaux profitent le plus possible du soleil hivernal. Aujourd’hui, je pense fermer le couloir de distribution devant les cornadis. Les premières génisses rentrant dans les igloos se couchent d’abord sur le pourtour ; la place du milieu est occupée en dernier. Les veaux choisissent eux-mêmes entre l’igloo et l’aire paillée. Les animaux se mettent dans l’igloo dès qu’il y a du vent et beaucoup d’humidité, et cela à n’importe quelle période de l’année. En revanche, il n’est pas rare que des génisses s’étendent de tout leur long sur la litière en profitant du soleil hivernal. Il faut bien comprendre qu’il y a deux ambiances différentes. Je n’ai jamais senti d’ammoniac à l’intérieur. De fait, il y a quatre petites cheminées pour le renouvellement d’air au-dessus.

Plan du GDS sur les mortalités néo-natales

Dans le Calvados, le taux de mortalité des veaux dans le premier mois de vie est d’environ 12 à 13 %. Lors d’une épidémie, l’éleveur doit assurer une charge de travail supplémentaire, le résultat de l’exploitation s’en ressent ainsi que le moral de l’éleveur. C’est pourquoi le GDS a décidé de créer avec l’appui financier de l’Office de l’Elevage, un plan de lutte contre les maladies néo-natales. L’objectif est d’identifier la ou les causes (infections, bâtiment, conduite…) et de mettre en place des mesures correctives. Le déroulement du plan prévoit une visite d’élevage réalisée conjointement par le technicien du GDS et le vétérinaire de l’exploitation. Si des prélèvements sont nécessaires, ils sont effectués par le vétérinaire, le GDS prenant en charge une partie des frais d’analyses. Plusieurs visites de suivi peuvent être réalisées si nécessaire dans les deux ans afin d’aider l’éleveur à mettre en place les mesures proposées.


Pour plus d’informations, contactez Julie Garnier au GDS 14, Tél. 02 31 44 86 87



À partir de quel âge les animaux arrivent-ils dans le bâtiment ?

Au vêlage, je laisse les veaux une douzaine d’heures avec la mère. Je vérifie que les veaux ont bien consommé le colostrum et qu’ils boivent correctement. Ensuite, je les mets en niche individuelle à l’extérieur jusqu’à 8 à 10 jours, au maximum 15. Les animaux commencent à arriver en septembre jusqu’en mars.

Comment s’effectuent le paillage et le curage ?
Je paille à la main entre les deux cases. J’ai un couloir pour dérouler un round, les animaux en prennent aussi à cet endroit. Dans les igloos, je paille très peu car finalement les animaux salissent très peu à l’intérieur. Sinon, pour le curage, je vide le bâtiment environ deux à trois fois dans l’hiver et, une fois sur deux, les igloos. Pour curer les igloos, je les accroche par un anneau prévu à cet effet sur le haut du bras de mon télescopique et je les déplace tout simplement. Je vide l’ensemble du bâtiment en une heure maximum. Lors de cette opération, j’enferme les génisses soit sur le paillé soit dans les igloos.

Aujourd’hui que pensez-vous de votre système ?
Cela fonctionne très bien ; je n’ai pas de mortalité. Toutefois, je pense qu’avec notre système et la taille de notre cheptel, il nous manque un igloo pour pouvoir avoir des lots de génisses plus homogènes.

Un seul repas de lait par veau et par jour


Outre le logement des veaux, Monique et Philippe Poret ont aussi des pratiques particulières pour l’allaitement des veaux.


"Nous distribuons un seul repas par jour de lait reconstitué, nous avons toujours fait comme cela ! En fait, nous avons tout simplement suivi les préconisations marquées sur le sac de poudre." Si une distribution par jour a fait l’objet de travaux récents en stations expérimentales, rares sont les éleveurs à la mettre en oeuvre.
"Le veau reste une demi-journée après la naissance avec sa mère pour s’assurer qu’il a bien tété une quantité importante de colostrum. Ensuite, il est séparé dans une niche individuelle. Il reçoit alors du lait doux deux fois par jour pendant 8 à 10 jours ; le dernier jour, ils ne reçoit qu’un repas et le lendemain, il passe à la poudre."

Quel est votre plan d’allaitement ?
Nous préparons 1 litre d’eau avec 250 g de poudre classique avec 50 % de lait spray. A partir de la 2ème semaine, nous distribuons les quantités indiquées dans le tableau, ci-contre. 

Et vous sevrez à 8 semaines ?
Oui, sans problème mais en respectant des points précis : ne pas distribuer de lait doux au-delà de 10 jours, apporter dès le début de la paille, du concentré et de l’eau propre à volonté. La qualité des aliments, paille, concentrés et eau est importante pour assurer la consommation. Cette année, nous aurions bien quelques soucis avec la paille. Pour le concentré, nous utilisons un mélange JB à base de matières premières prêt à l’emploi qui est appétant. Les veaux consomment bien leur 2 kg au sevrage. Ils en consomment les mois suivants avec un maximum de 4 kg/jour à 3-4 mois. Là aussi, il ne faut pas trop tirer sur la qualité et le prix de l’aliment si l’on veut obtenir du résultat.

Est-ce que la croissance est au rendez-vous ?

Plan d'allaitement
Age en semaineLitres de lait distribués
22.5
33
43.5
53.5
63
72
81


Avec ces principes, nous sommes satisfaits. Nous atteignons les objectifs de 200 kg de poids vif à 6 mois, nous avons mesuré les génisses au ruban avec le technicien du contrôle laitier.
Pour une autre raison, nous envisageons de réduire l’âge au vêlage, ce qui est possible avec leur développement.

Côté sanitaire, comment se portent les veaux ?
Nous avons de temps en temps quelques diarrhées digestives, peut-être à cause de la température de l’eau pour préparer le lait reconstitué. Mais elles se soignent bien. Pour vous donner une idée, une boîte de 20 sachets repas dure 2 ans en moyenne. Et nous ne savons pas trop ce qu’est la mortalité des veaux. Je précise que nous n’effectuons aucun vaccin systématique sur les veaux.

Jean-Jacques Beauchamp - Tél. 02 31 70 25 00


Novembre 2008
Sylvain Guérin - Tél. 02 31 70 25 55