Rations hivernales pour les bovins-viande

Maintenir ses performances en faisant des économies



Comment composer avec des fourrages en quantité insuffisante et de qualité variable et un aliment dont le prix est en forte hausse ? Voilà la question posée aux éleveurs pour cet hiver 2007-2008. Des maïs sur pied et des céréales chers, des foins de qualité variable, des rendements à la baisse, des veaux et des broutards qui baissent, le prix de la viande bovine qui n’arrête pas de fluctuer... Dans ce contexte difficile, la ration hivernale des animaux devient vite un vrai casse-tête.


Cet été pluvieux a été néfaste pour la récolte de fourrage, que ce soit en foin, en ensilage de maïs ou en paille. De plus, la conjoncture mondiale nous impose aujourd’hui un prix des céréales et de l’aliment concentré en hausse. L’alimentation des animaux va donc jouer un rôle incontournable dans la gestion des coûts de production.
Dans ce contexte, où les aliments sont rares et chers, plusieurs éléments doivent entrer en compte dans la gestion de l’alimentation cette année :
- la qualité et la quantité de foin disponible,
- la disponibilité en paille,
- le prix des concentrés.
Quelle que soit la production, la première chose à faire est un bilan fourrager hivernal. Celui-ci permettra de mieux apprécier les ressources et d’envisager une répartition optimale des fourrages entre les productions. 
Il est ensuite important de calculer les rations par lot d’animaux ayant des besoins équivalents, afin de maîtriser aux mieux les coûts alimentaires.


Le cheptel allaitant

Le principal souci rencontré dans l’alimentation du troupeau allaitant est la récolte moyenne, voire mauvaise dans certains cas, en foin.
La production d’une vache allaitante se limite à un veau par an qui consomme en moyenne 1 500 litres de lait. Du fait de cette production limitée, l’alimentation du troupeau allaitant doit être abordée avec le souci de réduire les coûts au maximum, tout en conservant une production laitière correcte et une bonne fertilité. 

Une solution simple : priorité au pâturage

Cet automne 2007 a été particulièrement "poussant" et l’herbe ne manque pas. Le prolongement du pâturage n’a donc, le plus souvent, pas posé de problème. Combiné à une sortie précoce des animaux au printemps, cela devrait permettre d’attaquer l’hiver avec plus de sérénité, même dans le cas où les réserves de foin s’annoncent faibles.
Le critère déterminant pour décider de la date de sortie des animaux restera la portance des herbages. En effet, la sortie précoce des animaux ne doit pas affecter le potentiel de production des parcelles. Cette solution a également l’avantage de permettre également l’économie de paille, très chère cette année. 

Alloter le troupeau en fonction des besoins

Les besoins des vaches sont fonction de nombreux paramètres : la race (capacité d’ingestion), la production laitière, le poids, le stade physiologique (gestation, lactation), l’état d’engraissement, le rang de vêlage et la date du vêlage. Afin d’optimiser la distribution des fourrages disponibles et des concentrés, il est donc recommandé d’alloter les animaux en fonction de leurs besoins.

Faire les rations pour moduler les apports

Pour assurer une complémentation adaptée aux recommandations de l’INRA, il est nécessaire de bien caractériser la valeur des fourrages disponibles. Une analyse est nécessaire dès que les fourrages sont particuliers, comme pour les récoltes tardives cette année. 
De cette façon, l’équilibre azoté de la ration et la couverture des besoins en minéraux et vitamines qui sont très importants pour la fertilité des vaches et la vitalité des veaux, peut être ajustée au mieux.
Pour une bonne maîtrise du coût alimentaire, la conduite des vaches en au moins deux lots permet de répartir la distribution des foins lorsqu’ils sont de qualité variable et d’ajuster les distributions de concentrés :
- un lot de vaches à faibles besoins, c’est-à-dire les vaches gestantes rentrées en bon état à l’étable, les vaches en milieu de lactation et les vaches vêlant en fin d’hiver,
- un lot de vaches à besoins élevés. Ce sont les vaches gestantes rentrées maigres à l’étable, les primipares en fin de gestation ou de lactation et les vaches en début de lactation et en période de reproduction. On peut également ajouter le troupeau de renouvellement qui doit également être considéré comme à forts besoins. 
Il faut cependant faire attention à ne pas rechercher à tout prix la réduction des apports alimentaires lorsque les besoins sont importants. La conséquence principale serait alors des difficultés de reproduction qui, économiquement, sont très coûteuses

Les vêlages d’hiver permettent des économies

Pour les vêlages de milieu d’hiver et surtout de fin d’hiver, les vaches allaitantes sont longtemps gestantes sur la période hivernale. Les besoins des gestantes sont de l’ordre de 7 à 8 UFL* par jour. Une fois qu’elles ont vêlé, et surtout en période de mise à la reproduction, les besoins sont de 10 et 11 UFL.
La réduction du coût de l’alimentation conduit à nourrir les vaches au plus juste en hiver, voire en dessous des besoins d’entretien en profitant de leur capacité à puiser l’énergie manquante dans les réserves corporelles. Celles-ci sont ensuite reconstituées au pâturage. Lors d’une rentrée en bon état corporel (note 3), 1 à 1,5 UFL par jour peut être économisée par rapport à une vache rentrée maigre. La reprise d’état dès la mise à l’herbe est ensuite gage d’une bonne fertilité.
Pour les vaches qui ont vêlé en automne, il est nécessaire d’assurer une bonne production laitière de la vache pour obtenir une croissance élevée des veaux et assurer une bonne fertilité.
Les primipares ont encore une croissance importante à réaliser et ont une capacité d’ingestion réduite. Elles doivent être mieux nourries que les multipares et cela d’autant plus qu’elles vêlent jeunes.


Les jeunes bovins
L’augmentation du prix des concentrés a évidement de fortes conséquences sur le coût alimentaire des taurillons qui consomment entre 800 et 1000 kg de concentrés avec une ration de maïs et, bien sûr, beaucoup plus en ration sèche.

Limiter les poids de carcasse
Les indices de consommations sont d’autant pus élevés que les taurillons sont lourds. Au-delà de 650 kg vif, l’indice de consommation se dégrade très fortement. Le coût alimentaire augmente alors de 15 %. 
Compte tenu des prix actuels de l’aliment et de la viande, il est préférable de revenir à des poids de carcasse raisonnable : 340 à 350 kg en Holstein, 360 à 370 kg en Normand, 380 à 400 kg en race à viande à petit format et 400 à 440 kg en grand format.

Respecter les recommandations
Bien que les compléments énergétiques soient très chers, les possibilités d’économies sont limitées et cela d’autant plus lorsque la qualité du maïs est moyenne. En effet, baisser la complémentation énergétique, c’est limiter la croissance et augmenter fortement le temps de présence et parfois le poids de carcasse pour produire des jeunes bovins correctement finis. Cela ne va pas dans le sens de l’économie de fourrage et de la baisse du coût alimentaire.

Perrine Gehin - Décembre 2007

* UFL : Unité Fourragère Lait - MS : Matière sèche - CMV : Complexe de Minéraux et de
Vitamines

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Apport alimentaires recommandés

 

Une flambée de la paille qui amène à trouver des alternatives


L’augmentation du prix de la paille depuis le début de l’été, est largement due aux très mauvaises conditions de récolte de cette année 2007, mais pas seulement. Dans les années à venir, on peut s’attendre à une augmentation plus durable de son prix, en raison du développement de son utilisation à des fins énergétiques. Il faut donc réfléchir dès maintenant à des solutions alternatives, permettant d’économiser ou de remplacer la paille.
Cette année, le volume disponible en paille, nettement inférieur à 2006, et la qualité très moyenne poussent à mettre dès maintenant en application des solutions rapides.


Comment diminuer sa consommation de paille ?
La première piste est de faire le choix d’un bâtiment plus économique. L’idéal est de penser aux économies de paille dès la construction du bâtiment. Une stabulation avec une partie couchage paillée et une aire d’exercice non paillée permet d’économiser 2 à 5 kg de paille par jour et par animal. De plus, il est important que l’aire de couchage soit bien drainée afin que la paille se souille moins vite. (attention également aux fuites d’abreuvoirs)
On y parvient également par une conduite de troupeau adaptée. Par exemple, on peut prolonger le pâturage au maximum, en fonction des conditions climatiques, afin d’économiser la paille mais également les autres fourrages.
Enfin, il existe une grande diversité de matériaux qui peuvent prendre la place de la paille, au moins en partie, en tant que litière dans les exploitations. Citons le bois déchiqueté, les cannes de maïs, les copeaux de bois, les écorces, le foin de marais tardif ou le foin à faible valeur alimentaire, la sciure.
Rappelons que certains animaux sont plus tolérants que d’autres à une qualité de litière relativement médiocre. Par ordre de difficultés d’adaptation croissante, on peut citer les taurillons et autres jeunes bovins à l’engraissement, les génisses de renouvellement, les vaches allaitantes et les vaches laitières.