| Supprimer la traite du dimanche soir ? |
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Quand on parle de supprimer une traite par semaine, c’est bien sûr le dimanche soir qui est envisagé. Le décalage de la traite le matin et sa suppression le soir permet d’organiser différemment son temps pour les loisirs du week-end ou tout simplement pour souffler un peu. C’est sans doute la technique la plus accessible au plus grand nombre d’éleveurs, avec finalement peu de répercussion économique.
L’étude la plus récente en France s’est déroulée à la ferme expérimentale de Derval, en Loire-Atlantique, avec un troupeau très productif de 85 vaches Prim’Holstein à 9 000 kg de lait par vache. La suppression de la traite du dimanche soir a été pratiquée depuis septembre 2002 et pendant 2 années. Le premier volet de cet essai a consisté à évaluer les conséquences d’une telle pratique sur la quantité et la qualité du lait produite au cours de la semaine. Principe retenu : la traite du matin démarre à 8 h et la suivante a lieu le lendemain à 5 h 15 du matin. L’intervalle de traite retenu est donc d'environ 21 h. Pour ces deux traites, les principes d’hygiène ont été renforcés avec notamment l’utilisation d’un produit de trempage post-traite à effet barrière le dimanche matin. Le paillage et l’entretien des logettes ont aussi été renforcés le lundi. Des pertes de lait peuvent être observées le lundi matin en début de lactation. Ramenée à la semaine, la réduction de temps de travail n’est pas énorme, mais ce qui est surtout recherché c’est bien la demi journée du dimanche sans la contrainte de la traite le soir.
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| Travaux | Changements | Variation | | Traite du dimanche soir | Suppression | - 1 heure 45 à 2 h selon la saison | | Traite du dimanche matin | Légère augmentation de production due au décalage | + 5 à 10 minutes | Au total : + 45 mn | | Traite du lundi matin | Très forte augmentation de la production | + 15 à 20 minutes | | Entretien des logettes le lundi matin | Logettes plus souillées, plus humides, paillage plus important épandage de produit asséchant | + 15 à 20 minutes | | Bilan | - 1 heure à 1h15 par semaine |
Quantité et qualité du lait : peu d'effets Pour ce qui est de la quantité de lait, il faut regarder à l’échelle de la semaine : la suppression de la production du dimanche soir est en partie compensée par l’augmentation du lundi matin. Globalement, c’est une perte minime de 3,5 % qui est enregistrée. A l'échelle d'une année, la différence a été encore plus réduite : -1 % seulement.Lors d’essais plus anciens, les pertes avaient été chiffrées entre 3 et 10%, avec les plus fortes pertes observées chez les faibles productrices. Si le TP varie peu, le TB augmente fortement le lundi (+ 5 à + 6 g/kg). A l'échelle de la lactation, il n'y a pas de différence. Ce sont les cellules qui varient le plus avec une forte augmentation le lundi et mardi, pour un retour à la normale vers le jeudi. Ce phénomène n’est pas lié à de nouvelles infections mais à une réaction naturelle de la mamelle. Là non plus, il n'y a pas d'effets significatifs.
Avantages... C’est essentiellement l’absence de contrainte le dimanche après midi qui motive les éleveurs. Cette notion est amplifiée dans le cas où il y a remplacement pour la traite, ou l'emploi d’un salarié. Il peut donc y avoir d’autres économies induites. Pour la production laitière, la petite baisse peut facilement être compensée par une vache supplémentaire par exemple. A moyen et long terme, cette baisse est pratiquement annulée par le progrès génétique. Les vaches à haut potentiel supportent bien la suppression de la traite du dimanche soir. Ces vaches ont des mamelles élastiques, capables de stocker du lait. La synthèse du lait serait peu freinée.
... et inconvénients C’est surtout la variation du taux cellulaire qu’il convient de bien prendre en compte et pour cette raison, les laiteries ne voient pas d’un très bon œil cette technique. Avec un niveau de départ faible (moins de 150 000) il y a peu de risque de dépasser les seuils de pénalité. Par contre, au delà de 200 000, le risque est grand. Il convient donc de vérifier pour son troupeau l’état sanitaire de départ, voire d’intervenir sur quelques vaches à numération cellulaire élevée avant de démarrer cette technique. Elle impose finalement une plus grande exigence de prévention et de suivi. Ce qui fait dire que la suppression d’une traite est à envisager avec, au préalable, une bonne maîtrise du taux cellulaire. Ces variations de cellules peuvent entraîner des variations sur la paie de lait selon les niveaux atteints en cas de prélèvements d’échantillons par la laiterie en début de semaine. Enfin, pour le contrôle laitier, cela aboutira à des biais en cas de contrôle en début de semaine, à moins que des correctifs ne soient apportés dans l’estimation des quantités produites. Les laiteries s’interrogent aussi sur ces pratiques avec les conséquences de la variation de la qualité du lait avec un prélèvement en début de semaine.
Mars 2005 Jean-Jacques Beauchamp - Tél. 02 31 70 25 16  | |  |  |  |
TEMOIGNAGE
Jacques Scelles, éleveur à Longvillers près de Villers Bocage, fait partie des rares éleveurs du département qui ont testé cette technique. Et en l’occurrence, l’essayer c’est l’adopter puisque après une première année, il est prêt à recommencer. Qu’est ce qui a déclenché cette pratique ? Je suis à la recherche de solutions pour limiter mon temps de travail. En groupe lait, avec le conseiller de la Chambre d’agriculture, nous avons passé en revue différentes hypothèses et j’ai retenu celle-ci. Le fait de me libérer le dimanche soir m’intéresse beaucoup. J’ai donc démarré en octobre 2003 sans avoir d’avis directs de la part d’autres éleveurs.
Concrètement, comment cela se passe-t'il ? Mes horaires de traite classique sont le matin à 7h et le soir à 18h. Le samedi soir, je trais un peu plus tôt, une heure environ. Le dimanche matin je commence vers 10h30, ce qui me permet aussi de faire la grasse matinée ! Et le soir je fais l’impasse. Le lundi matin je recommence à 5h et ensuite je reprend les horaires normaux. Les vaches sont aussi tranquilles, elles ne s’inquiètent pas, elles prennent le rythme. Par contre, il faut éviter d’aller les voir le soir. Aussi, le dimanche, je finis le travail et la distribution d’aliments à midi. Il faut aussi modifier tout ce qui est lié à la traite : je ne programme pas la radio par exemple, ça leur fait un peu oublier les habitudes. Bien sûr cela fait un peu moins de lait produit et il faut bien le prendre en compte, il ne faut pas être juste en lait. Pour cette fin de campagne, j’ai repris la traite du dimanche soir depuis cet automne.
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Et sur la qualité du lait ? Je n’ai sincèrement eu aucun problème mais il faut bien partir avec un troupeau sain. Je tournais à 150-200 000 cellules et je suis toujours resté en super A. Il faut un niveau bas en cellules pour tenter cette pratique. Je n’ai pas eu plus de mammites non plus. Certaines vaches plus fortes productrices ou fraîches vêlées peuvent perdre un peu de lait mais sans conséquences sanitaires chez moi.
Finalement, est-ce que vous voyez des inconvénients ? Non, aucun. Il faut accepter une petite perte de lait mais pour moi ce coût compense les charges pour un salarié qui viendrait en remplacement le dimanche soir. Je n’ai pas non plus un niveau de production très élevé et cela me semble plus facile à faire. Et puis surtout, j’apprécie un peu plus de confort pour ma qualité de vie. Je pense donc recommencer bientôt.
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